Mesure de terre d’une borne de recharge

Terre, continuité, isolement : ce qui rend une borne de recharge sûre au toucher, pourquoi cela se mesure et ce qu’un rapport utile doit montrer.

Un contrôleur d'isolement et ses cordons de mesure posés sur un établi

Une borne de recharge peut charger chaque jour sans le moindre souci et avoir pourtant perdu une partie de sa protection. Ce qui protège les personnes ne se voit pas : la terre, le fil qui y mène et l’isolement des câbles. Ces trois éléments se mesurent. Et une valeur mesurée peut évoluer avec le temps. Voici, en mots simples, ce qu’il faut savoir sur la mesure de terre d’une borne, et pourquoi un rapport qui donne des chiffres vaut mieux qu’une case cochée.

Trois mots qui protègent les personnes : isolement, terre, continuité

Commençons par le risque. L’INRS le décrit dans sa page publique consacrée à la prévention du risque électrique. Il s’agit du contact indirect : c’est toucher une partie métallique devenue sous tension par accident. Sur une borne, ce peut être le boîtier, après une anomalie à l’intérieur. La personne ne touche aucun fil. Elle touche simplement l’appareil.

Trois éléments contribuent à éviter que ce geste banal devienne dangereux.

  • L’isolement. Ce sont les gaines et les isolants qui gardent le courant dans les fils. Quand l’isolement cède, on parle de défaut d’isolement : du courant s’échappe là où il ne devrait pas.
  • La prise de terre. C’est le chemin prévu pour ce courant qui s’échappe. Elle l’évacue vers le sol, par un chemin qui ne passe pas par une personne.
  • La continuité. Elle concerne le fil de terre, appelé conducteur de protection. Ce fil doit relier chaque partie métallique de la borne à la prise de terre, sans coupure.

Une image aide à retenir. L’isolement est la gaine qui garde le courant à sa place. La terre est l’issue de secours. La continuité est le couloir qui mène à cette issue. Si le couloir est coupé, l’issue ne sert à rien.

Pour l’INRS, la protection contre ce risque repose notamment sur la mise à la terre des parties métalliques, avec coupure automatique du courant.

La terre ne protège pas seule : elle travaille avec le différentiel

La terre ne suffit pas à elle seule. Elle travaille avec un appareil du tableau électrique : le dispositif différentiel. En deux mots, c’est l’appareil qui coupe le courant s’il détecte une fuite.

Promotelec, organisme de la filière électrique, résume ce duo dans une fiche publique. La mise à la terre, associée à une coupure automatique, permet de mettre hors tension le circuit où la fuite se produit. C’est cette association qui protège les personnes contre les chocs électriques par contact indirect.

Concrètement, les deux doivent être accordés. Lors de ses contrôles, un inspecteur du Consuel vérifie que la valeur de la prise de terre est adaptée au différentiel du circuit. Le Consuel est l’organisme qui vise l’attestation de conformité remplie par l’installateur. Il vérifie aussi deux autres points :

  • la continuité entre la prise de terre et la borne ;
  • la liaison entre elles des parties métalliques accessibles à proximité.

Ce que le Consuel relève sur les bornes

Le Consuel présente, dans un module de formation en ligne consacré aux bornes, ce qu’il constate lors de ses contrôles. Il range la continuité du conducteur de protection défaillante parmi les deux principales non-conformités qu’il relève sur les bornes en matière de choc électrique par contact indirect. L’autre est le mauvais type de différentiel.

Une continuité défaillante prend deux formes :

  • le fil est absent : la borne n’est pas reliée à la terre du tableau ;
  • le fil est là, mais la mesure est trop élevée : le chemin existe, il est de mauvaise qualité.

L’exemple donné par le Consuel parle à tout le monde : une borne dont le conducteur de terre n’est pas raccordé en bas de l’armoire électrique. Le repère retenu par le Consuel pour cette continuité est de 2 ohms au plus.

Le point le plus important pour un dirigeant tient en une phrase. Une borne qui charge normalement peut avoir perdu sa liaison à la terre. Selon le modèle, le véhicule se recharge et rien ne signale l’écart à l’usage. C’est une mesure qui permet de le constater.

Des valeurs mesurées, donc des valeurs qui peuvent évoluer

La partie de la norme d’installation consacrée aux véhicules électriques fixe la façon de concevoir une installation de recharge. Une de ses annexes, à caractère informatif, liste ce qu’il convient d’identifier avant les travaux. On y trouve la prise de terre et sa valeur, ainsi que la résistance d’isolement des circuits. L’annexe cite aussi la puissance disponible, l’équilibre entre phases en triphasé et la présence d’un délesteur (l’appareil qui limite la puissance de charge). Il s’agit de relevés préalables, faits avant de créer l’installation.

Pour deux de ces relevés, la norme donne un repère chiffré. Les voici, en nos mots.

Ce que l’on relève avant les travauxRepère donné par la normePourquoi le remesurer plus tard
La résistance d’isolement des circuitsPlus de 500 000 ohms, soit 0,5 mégohmUne baisse d’une visite à l’autre peut signaler un isolement qui se dégrade
La tension entre le neutre et la terre, dans un raccordement à la terre de type TTMoins de 10 voltsComme toute valeur mesurée, elle peut évoluer avec le temps

Ces repères sont donnés pour les relevés faits avant de créer l’installation. Les remesurer plus tard permet de voir si l’installation a bougé. Cette partie de la norme ne l’impose pas : c’est un choix de service.

Or ces valeurs ne sont pas figées pour autant. Plusieurs choses du quotidien d’une entreprise peuvent peser sur elles.

  • Le sol et le climat. Une prise de terre est enfouie en profondeur pour s’affranchir des aléas climatiques. Signe que le sol et le climat peuvent peser sur sa qualité : le sol n’est pas le même après un été très sec ou pendant un hiver de gel.
  • Les travaux au tableau. Un électricien de passage ajoute un circuit pour un nouvel équipement. Cet ajout sollicite les parties existantes, dont la prise de terre et le bornier de terre. Toute modification du tableau peut dégrader ce qui était conforme.
  • L’usure du matériel. Une prise de terre peut se dégrader. Un piquet de terre corrodé, par exemple, peut donner une valeur très mauvaise.

Ces évolutions ne se voient pas forcément à l’œil nu. C’est pourquoi une valeur relevée il y a plusieurs années ne renseigne pas forcément sur l’état d’aujourd’hui.

Un multimètre tenu en main, cordons de mesure branchés

Une case cochée ou un chiffre : ce que doit montrer un rapport

Une mise à la terre se contrôle avec un appareil de mesure. La valeur obtenue s’écrit, comme les autres valeurs électriques relevées. Une case Conforme cochée, sans valeur, ne dit pas quelle valeur a été trouvée ni ne permet de la comparer plus tard.

Un rapport sans chiffre ne prouve rien. À l’inverse, un chiffre se compare d’une visite à l’autre. Une valeur qui se dégrade peu à peu peut alerter avant même qu’un repère soit franchi. C’est la tendance qui parle, autant que la valeur du jour.

Un rapport sans chiffre ne prouve rien.

Voici ce qu’une visite sérieuse pourrait relever, et pourquoi.

Ce qu’une visite pourrait releverPourquoi
La prise de terre et sa valeurElle doit être adaptée au différentiel du circuit
La continuité du fil de terre jusqu’à chaque borneUn fil absent ou une mesure trop élevée prive le boîtier d’une issue de secours fiable
La résistance d’isolement des circuitsElle indique si le courant reste bien dans les fils
L’état du tableau depuis la dernière visiteUn circuit ajouté peut toucher la terre existante
L’évolution des valeurs d’une visite à l’autreUne dérive se voit avant qu’un repère soit franchi

Si une valeur s’écarte, l’écart est noté dans le rapport. Il fait l’objet d’une recommandation écrite. La décision des suites revient à l’entreprise.

Ce que la mesure ne remplace pas

Une mesure bien faite ne remplace pas la vérification périodique de vos installations prévue par le Code du travail. Cette vérification est faite par un organisme accrédité ou par une personne qualifiée de l’entreprise. Le mainteneur n’est ni l’un ni l’autre. Une visite de maintenance peut la préparer, elle ne la remplace pas. Pour le détail, voyez notre article sur la vérification périodique de vos installations.

Point important : l’arrêté du 26 décembre 2011, dans son annexe I, fait entrer dans chaque vérification périodique, notamment, la continuité des mises à la terre et l’essai des dispositifs différentiels. La même annexe demande que la valeur des résistances des prises de terre soit « systématiquement indiquée ». La terre figure donc bien dans cette vérification réglementaire.

La mesure ne remplace pas non plus le compte rendu demandé par certains assureurs, qui est un autre document.

Enfin, une borne posée il y a plusieurs années n’est pas hors norme du seul fait de son âge. Le Code du travail pose la règle à l’article R. 4226-5 : « L’employeur maintient l’ensemble des installations électriques permanentes en conformité avec les dispositions relatives à la conception des installations électriques applicables à la date de leur mise en service. » Une borne se juge donc en principe sur les règles de sa mise en service. Au titre de ce texte, une règle nouvelle ne s’impose à l’existant que si un arrêté le prévoit.

L’essentiel sur la terre d’une borne

  1. L’isolement garde le courant dans les fils, la terre lui offre une issue, le fil de terre y mène.
  2. La terre protège avec le différentiel : les deux doivent être accordés.
  3. Une borne qui charge peut avoir perdu sa liaison à la terre : cela ne se voit pas à l’usage.
  4. Climat, travaux au tableau, usure : une valeur de terre peut évoluer.
  5. Un rapport utile donne des valeurs, comparables d’une visite à l’autre.

Pour savoir ce qu’une visite pourrait couvrir sur vos sites, commencez par décrire votre parc.

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Nombre de points de charge, sites, date de pose, rapports déjà en votre possession : une proposition écrite précise ensuite les contrôles retenus.

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Questions fréquentes

Notre borne fonctionne : pourquoi mesurer sa terre ?
Parce que la charge ne dit rien de la liaison à la terre. Une borne peut recharger normalement alors que son fil de terre n’est pas raccordé, ou que sa mesure est trop élevée. Selon le modèle, rien ne le signale à l’usage. C’est une mesure qui permet de le constater. Une valeur relevée peut ensuite se comparer d’une visite à l’autre, ce qui peut faire apparaître une dérive.
La norme impose-t-elle de remesurer la terre chaque année ?
Pas la partie de la norme consacrée aux véhicules électriques. Elle ne prévoit pas de vérification périodique : son annexe sur les relevés est informative et vise l’avant-travaux. C’est le Code du travail qui organise la vérification périodique. L’annexe I de l’arrêté du 26 décembre 2011 y fait relever, notamment, la continuité des mises à la terre et essayer les dispositifs différentiels, à chaque vérification. Elle demande aussi d’indiquer la valeur des prises de terre. Voyez la vérification périodique de vos installations.
Qu’est-ce qu’une continuité de terre défaillante ?
C’est un fil de terre qui ne joue plus son rôle entre la borne et la prise de terre. Soit il est absent, par exemple non raccordé dans l’armoire. Soit il est présent mais la mesure est trop élevée. Le Consuel range ce cas parmi les deux principales non-conformités qu’il relève sur les bornes, lors de ses contrôles, en matière de choc électrique par contact indirect.
Nos bornes ont plusieurs années : sont-elles non conformes ?
Pas du seul fait de leur âge. Selon le Code du travail, l’employeur maintient ses installations conformes aux règles applicables à la date de leur mise en service. Une borne se juge donc en principe sur ces règles-là. Au titre de ce texte, une règle nouvelle ne s’applique à l’existant que si un arrêté le prévoit.
Que se passe-t-il si une valeur est mauvaise ?
L’écart est noté dans le rapport de visite. Un rapport utile indique aussi la valeur relevée. L’écart fait l’objet d’une recommandation écrite, qui explique ce qui a été constaté. La décision des suites revient ensuite à l’entreprise. Conserver ces valeurs permet aussi de les comparer à la visite suivante.

Mots-clés : prise de terre borne de recharge, continuité de terre borne